Charles J. Krebs

Zoologie, animaux, physiologie, métabolisme

Il est célèbre pour avoir écrit le livre « Écologie : L’analyse expérimentale de la distribution et de l'abondance (le livre en est déjà sa cinquième édition), qui est un manuel utilisé dans le monde entier pour enseigner l'écologie ; Krebs est aussi connu pour son travail sur « l’Effet de barrière »

"Nous devrions être très prudents dans la façon dont nous traitons les systèmes naturels."

Charley Krebs est assis à l’arrière du traîneau, fatigué et heureux d'être remorqué par l'attelage bruyant de la motoneige, dont la plainte aiguë perturbe la sérénité de ce lac gelé du nord du Canada. Mais Krebs adore le froid mordant et l’ouverture des grands espaces ; le vent envoie la neige dans son visage, tandis que la motoneige continue à se frayer un chemin à travers une nouvelle congère. 

Krebs repense à la matinée qui vient de s’écouler, pendant que le traîneau glisse le long des bosses et des crevasses sur la neige. Avec lui se trouvent 4 étudiants de l’Université de Colombie Britannique : deux qui se trouvent devant lui sur le traîneau qui est chargé d’équipement de recherche, et deux à l’avant sur la motoneige. Ils sont sur le chemin du retour, après une session de 6 heures passée à marquer des lièvres d’Amérique sur une île éloignée du lac Kluane dans le sud-ouest du Territoire du Yukon. Ils se sont répartis le travail en équipes et viennent juste de finir de vérifier les pièges placés sur toute l’île et qui permettent d’attraper les lièvres vivants. Ils ont retrouvé de nombreux lièvres dans les pièges, pris des notes sur leur poids, leur sexe, et leur santé, puis attaché des plaques d’immatriculation à leurs oreilles avant de les laisser repartir. Ils ont des piles de carnets de notes qui contiennent leur travail. 

Krebs est satisfait et réfléchit à la façon dont ces informations pourront s’insérer dans l'article sur lequel il travaille, quand soudain l’étudiant qui conduit la motoneige hurle : « Tenez-vous bien les gars!” et donne les gaz à fond pour passer par-dessus une crevasse dans la glace. Nous sommes au début de mai 1980, la glace commence à se fendre avec le dégel du printemps et ils ont déjà traversé plusieurs crevasses. La motoneige réussit à passer, mais sous l’effet de son poids elle agrandit trop la crevasse. Avant qu’ils réalisent ce qui leur arrive, trois personnes et l’équipement sont en train de s'enfoncer dans l’eau glacée ; le fait qu’ils portent tous des parkas et des bottes n’arrange rien. Krebs brasse l’eau d’une main et essaye de l’autre main de maintenir les bloc-notes hors de l'eau, tout en hurlant: “Sauvez les données! Sauvez les données!” 

Ce jour-là ils ont réussi à sauver les données contenues dans les blocs-notes ainsi heureusement qu'eux mêmes. Mais les étudiants de Krebs ne lui ont jamais permis d'oublier cette journée  mémorable. Il est difficile d’obtenir des données quand on est un biologiste spécialisée dans la vie sauvage comme Krebs, qui ne travaille pas en laboratoire mais à l’extérieur. Dans la mesure où les cycles de la vie animale durent plusieurs années, il est nécessaire d'avoir fait des observations et collecté des données pendant plusieurs décades pour comprendre un animal en particulier.

L’un des étudiants de Krebs raconte une autre histoire assez similaire. Une fois, alors qu'il était à l’extérieur avec un autre groupe d'étudiants, Krebs s’est retrouvé coincé sur une île du lac Kluane. Le groupe y avait été amené par avion pour effectuer le comptage et le marquage annuel des lièvres, mais les conditions météo étaient devenues si catastrophiques qu’aucun avion n’était en mesure de revenir les chercher. La tempête continuait, sans espoir d'amélioration. Au bout de deux semaines supplémentaires, leurs réserves de vivres furent terminées et les étudiants suggérèrent de manger certains des lièvres. Krebs refusa, car les lièvres étaient des sujets d’expérience. Les étudiants étaient frustrés, ils disposaient de tous ces pièges et de tous ces animaux. Allaient-ils mourir de faim pour les mérites de la science ? Après quelques jours supplémentaires, et une fois que la faim se fut vraiment fit sentir, Krebs accepta finalement d’attraper quelques lièvres, à condition qu’ils ne portent pas de plaques d’immatriculation à l’oreille.

Le jeune scientifique ...

Charles “Charley” Krebs a passé son enfance dans une petite ville de l’Illinois près de la frontière de l’état du Missouri. Il se rappelle que pendant son enfance il pêchait des poissons-chats avec son grand-père. Charley admirait son grand-père et les histoires des aventures dans la vie sauvage et naturelle que celui-ci lui racontait. Krebs était en particulier attiré par l’Arctique Canadien. À l’âge de huit ans, il voulait être garde forestier et lisait alors déjà des livres sur les bases de l'écologie et la science des animaux sauvages. Il était fasciné par les grands mystères du Nord — est-ce que, par exemple, les lemmings se suicident réellement en groupe en sautant d’une falaise ? 

Durant toutes ses années de lycée, Krebs a effectué un job d’été inhabituel : il travaillait à Saint Louis pour une entreprise de négoce de fourrure, qui importait des peaux de phoques depuis la mer de Béring. Il prenait le train chaque été pendant trois jours pour rejoindre à Seattle, puis le bateau pendant sept jours pour rallier la côte ouest du Canada et les îles du nord, dont la vie sauvage l'intriguait énormément. 

Après avoir obtenu son baccalauréat en sciences (BSc), Krebs vint s’installer à Vancouver pour étudier à l’université de Colombie Britannique avec Dennis Chitty, qui était (et est toujours) l’expert mondial en ce qui concerne les lemmings. Krebs a obtenu une maîtrise (MA) et un doctorat (PhD) en zoologie puis, après avoir passé une période de deux ans à Berkeley, en Californie, il retourna enseigner la zoologie à l’Université de l’Indiana. En 1970 Krebs revint à Vancouver où il a depuis été professeur de zoologie à UBC.

In 2002 Krebs a pris sa retraite de l’enseignement et a commencé a passer une partie de l’hiver avec le groupe de recherche sur les rongeurs (Rodent Research Group) du « Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation » à Canberra, Australie, afin de les aider à comprendre pour quelle raison les populations de souris domestiques australiennes atteignent des nombres très importants à intervalles irréguliers, causant des dommages étendus aux récoltes. Il continue aussi à travailler sur les lièvres d’Amérique et autres animaux de la forêt boréale dans le sud-ouest du Yukon, Canada.

Le manuel de Krebs, Écologie, est le manuel scolaire standard utilisé pour l'enseignement de l'écologie dans le monde entier. Ses passions sont devenus une affaire de famille : sa femme est associée à ses recherches en écologie à UBC et part souvent en mission de recherche avec lui. Son fils travaille pour le ministère de Colombie Britannique de l’Environnement et sa fille est un expert sur les oiseaux.

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