Julia Levy

Microbiologie et immunologie

Microbiologiste et immunologue Julia Levy est l’une des découvreurs des médicaments photodynamiques anti-cancéreux, ainsi que de médicaments pour l’ophtalmologie ; co-fondatrice de la société QLT Incorporated.

"La chose la plus importante est la suivante : n'éliminez jamais aucune option. Vous ne savez jamais ce que l’année suivante vous apportera. Si vous gardez toutes les options ouvertes, alors, quand un évènement se produira vous saurez, « c’est là que je veux aller. » Et faites-le! Ne vous forcez jamais à rester dans des cadres bien délimités."

En 1986 Julia Levy était en train de donner une conférence sur son travail concernant les médicaments activés par la lumière pour des médecins de Waterloo, en Ontario. Quelques années auparavant, elle avait créé une entreprise appelée Quadra Logic Technologies (maintenant QLT Inc.) afin de commercialiser le résultat de ses recherches faites à l’université. Les médecins étaient en train d’essayer ces médicaments sur des patients souffrant du cancer, et ils étaient très mécontents car Johnson & Johnson, une autre société pharmaceutique, avait décidé d’arrêter son programme de recherches appelé Photofrin. Photofrin était l’un des nouveaux médicaments photodynamiques, et il semblait être efficace contre le cancer. De nombreuses personnes qui bénéficiaient de cette technologie  ne pourraient bientôt plus obtenir le médicament. « C'est une situation qui me choquait personnellement » explique Julia Levy, qui jusqu’à ce moment précis n’avait travaillé sur ces médicaments qu’en laboratoire. « Pour la première fois j’ai réalisé que nous parlions de vrais patients, traités pour de vrais cancers. »

Cette nuit-là, dans l’avion qui la ramenait vers Vancouver, Julia Levy se mit à réfléchir : « Bon, nous nous occupons de thérapie photodynamique et nous devrions passer à la vitesse supérieure,  peut-être commencer à fabriquer Photofrin nous-même, au moins pour les chercheurs canadiens. » Elle réfléchit pendant toute la durée du voyage, et plus elle réfléchissait plus elle était convaincue de la nécessité de l’entreprise. Une fois descendue de l’avion elle appela immédiatement son partenaire commercial Jim Miller, et lui dit : « Il faut que nous fassions quelque chose. » Elle voulait juste aider les patients victimes du cancer. « Commençons à fabrique le produit. Nous savons comment le faire. » Mais la réponse de Miller la surprit : « Nous allons reprendre la société, » déclara-t’il, en parlant de la succursale de Johnson & Johnson qui fabriquait Photofrin. Ils conclurent un accord avec la société pharmaceutique American Cyanamid, réunirent $15 millions et rachetèrent la succursale. C’était un tournant important pour QLT et pour Julia Levy.

« Faire des affaires — la science commerciale — vous permet de cibler vos recherches," déclare Julia Levy. « La grande différence entre la recherche universitaire et la science commerciale n’est pas la qualité de la recherche ; mais, plus on s’approche du moment où le médicament sera disponible pour les patients, plus on devient conscient des coûts énormes liés à ces développements.» Le perfectionnement d’un nouveau traitement médicamenteux coûte environ 10 fois le prix de son invention, et on ne peut pas se permettre de faire des bêtises. C'est peut-être pour cela que ce travail convient à la personnalité de Levy, qui aime bien faire les choses du premier coup, et qui déteste revenir sur ses pas d'une manière ou d’une autre. Elle déclare : « Il est impossible de se permettre trop d’erreurs, quand la moindre de ces erreurs coûte $50,000.”
Au mois d’avril 1993 le gouvernement canadien donna l’autorisation de mise sur le marché de Photofrin pour le traitement du cancer de la vessie ; ce médicament peut aussi être utilisé pour traiter les cancers de la peau, du poumon, de l’estomac et du col de l’utérus. En 1995 QLT a reçu l’autorisation de traiter le cancer de l’œsophage pour le Canada et les Etats-Unis, et il a obtenu une autorisation très étendue aux Japon pour le traitement d'une large variété de cancers. Pendant les années 1990, QLT s’est lancé dans de nombreux nouveaux programmes de recherche sur le traitement d’autres maladies grâce aux thérapies photodynamiques, par exemple des maladies auto-immunitaires comme l’arthrite, le psoriasis (une maladie de peau) et la sclérose en plaques. « Tout cela va bien au-delà du cancer, » déclare Levy, qui est très enthousiasmée par l'idée de pouvoir guérir d’autres maladies avec ce nouveau médicament.
Le plus grand succès de QLT est de loin Visudyne, un médicament photodynamique qui est utilisé pour le traitement d’une maladie des yeux appelée dégénérescence maculaire. Ce médicament est basé sur l’ingrédient actif qui se trouve dans Photofrin, un dérivé de vertéporfine qui subit un changement chimique lorsqu’il est exposé à une longueur d’onde lumineuse particulière. Visudyne est le plus important produit biotechnologique de QLT en terme de ventes (environ un demi milliard de dollars U.S en 2004). C’est le plus lucratif des produits jamais été lancé dans l’histoire de la médecine oculaire. « Nous avons eu de la chance » dit Julia Levy. « La chance seule ne suffit pas, mais ça aide. »
La chaîne d’évènements « chanceux » commence à la fin des années 1980, au moment où Julia Lévy se consacrait à des recherches sur la manière de traiter le cancer par des thérapies photodynamiques. A ce moment, sa mère commença à perdre la vue en raison d'une dégénérescence maculaire liée à l'âge (AMD). Levy n’avait jamais entendu parler de cette maladie et décida de s’informer. Elle découvrit que, dans le monde entier, un demi million de personnes tombe malade chaque année de la forme “humide” de l’amd  — le type dont souffrait également sa mère. C’est la cause principale de cécité chez les personnes âgées de plus de 55 ans
Peu de temps après avoir entendu parler de la maladie, Julia Levy assista à une conférence sur la thérapie photodynamique. Lors de cette conférence, elle entendit un médecin parler de l’œil comme étant l’organe parfait pour le traitement par la thérapie photodynamique. Contrairement aux poumons et à la vessie où les médecins doivent faire passer un long câble à fibres optique pour traiter une tumeur à l’aide de la lumière, dans le cas de l’œil il suffit de diriger la lumière vers celui-ci ; il n’est pas nécessaire d’avoir un équipement très sophistiqué. Ce médecin énuméra de nombreuses anomalies et maladies de l'oeil qui seraient susceptibles d'être traitées par les médicaments photodynamiques. Et pourtant, même à ce moment-là, le déclic ne se produisit pas dans l’esprit de Levy : elle savait que QLT n’avait pas d’argent pour faire des recherches en ophtalmologie.
Quelques mois plus tard, Julia Levy se retrouva à l’Université d’Harvard à Cambridge dans le Massachusetts, pour y rencontrer des scientifiques qui faisaient des essais de médicaments produits par QLT sur des patients atteints de cancer de la peau. Levy s’était juste arrêtée pour voir si les choses se passaient bien, mais elle rencontra par hasard une ophtalmologiste appelée Ursula Schmidt. Cette dernière allait régulièrement au laboratoire de recherche sur le cancer de la peau pour récupérer dans les poubelles les sacs vides ayant contenu les médicaments photodynamiques ; elle les rapportait à son propre laboratoire, en extrayait les dernières gouttes et s’en servait pour faire des expériences sur des animaux atteints de maladies oculaires.
« En fait nous avions, comme par hasard, réuni de nouveaux fonds à Vancouver et nous étions à la recherche de nouveaux projets de recherche," explique Levy. Il était déjà trop tard pour traiter sa maman, mais Levy décida que QLT devrait se mettre au travail afin de trouver un médicament photodynamique pour les maladies de l'œil.
Vers 1995, au bout de cinq and de recherches environ, QLT disposait d’un médicament prêt à être essayé sur un patient humain, et ce premier médicament, pourtant peut sophistiqué, obtint un effet positif. Le développement rapide de Visudyne était très inhabituel, car en général il faut au moins une dizaine d’années de tests avant qu’un médicament soit déclaré sûr pour l'utilisation sur les humains, mais Visudyne fut commercialisé plus vite parce qu’il répondait à un grand besoin.

La jeune scientifique ...

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, quelques années après la naissance de Julia Levy en Asie, dans la ville-état de Singapour, son père fut capturé par les japonais et enfermé dans un camp de prisonniers de guerre. Juste avant, la mère de Julia s’était sauvée au Canada avec Julia et une autre fille. Après la guerre, le père de Julia réussit à rejoindre sa famille à Vancouver, mais c’était un homme brisé par ses expériences de prisonnier et il n'était plus capable d'entretenir sa famille. Dans ces circonstances difficiles, Julia Levy apprit à devenir indépendante et à penser qu'une femme ne devait pas se marier uniquement afin que quelqu'un prenne soin d'elle.

Petite fille, Julia Levy trouvait déjà la biologie intéressante, même si elle se destinait à devenir professeur de piano. Elle rentrait tous les week-ends de la pension Queen’s Hall à Vancouver où elle était élève durant la semaine, et allait se promener avec sa mère dans les bois près de leur maison. Leur chien les suivait en jouant et sautant, et revenait toujours accompagné de corniauds perdus qui séjournaient ensuite chez eux pendant plusieurs jours. Parfois, Julia emportait un tamis et un bocal en promenade afin de rapporter des œufs de grenouille ; elle et sa sœur se livraient ensuite à l’élevage des têtards dans des cuvettes à la cave.


Julia Levy aimait beaucoup les mathématiques à l’école secondaire, et en 11ème elle avait un prof de biologie femme particulièrement inspirant. Après avoir obtenu un baccalauréat es arts (ba) en biologie de l’Université de Colombie Britannique à Vancouver et un doctorat de pathologie expérimentale (PhD) de University College à Londres en Angleterre, Julia Levy devint professeur de microbiologie à UBC. Dans les années 1980 elle fut l’un des fondateurs de QLT, qui en 2004 était devenu l’un des leaders mondiaux dans la vente de médicaments traitant la dégénérescence maculaire. C’était l’une des sociétés high-tech les plus chanceuses du Canada. Quand on lui demande quel effet cela fait de créer une telle richesse,  le Dr. Levy répond : « Et bien, quand je regarde tout ça je me dis… moi ? » Elle prend l’air émerveillé, mais ajoute rapidement « Moi mais avec beaucoup d’autres personnes  — il est impossible de faire ça toute seule.

La science