Tak Wah Mak

Microbiologie et immunologie

Immunologue et biologiste moléculaire qui a découvert le récepteur des cellules T, une des clés du système immunitaire humain.

"N’ayez pas peur de vous attaquer à la science si ça vous plaît."

Tak Mak est un homme plein d’imagination. Quand on lui demande de décrire son travail d’immunologue il invente l’histoire racontant la vie d'une cellule T imaginaire, au lieu de parler de lui.

Louis le lymphocyte est un bio-détective, dont le métier est de patrouiller dans le corps humain et d’enquêter sur les types suspects. Essayez d’imaginer les cellules du corps humain comme les magasins d’une des rues de la ville : des millions et des milliards de détectives de police, similaires à Louis le lymphocyte, sont toujours en patrouille. Ils contrôlent les vitrines des magasins, afin de voir si rien d’anormal ne s’y passe. Chaque cellule-T est « éduquée » afin de trouver un – et seulement un – type de criminel. Il existe différents types de cellules-T. Louis le lymphocyte est ce qu’on appelle un lymphocyte-T auxiliaire, et fait partie du système immunitaire humain, mais vous pouvez le considérer comme une espèce de flic.
Lors de sa patrouille à travers le sang et les tissus, Louis le lymphocyte rencontre un macrophage, une cellule spécialisée qui remplit les fonctions de reconnaissance et de traitement dans le corps. Les macrophages se promènent dans le corps humain, récoltant des petits morceaux de vos cellules mortes et vivantes, parties de virus, de bactéries, de poussière, de pollen et toutes autres déchets qui peuvent flotter dans votre système. Ils « collent » les morceaux de déchets sur leurs surfaces extérieures, à des endroits spéciaux où les détectives comme Louis peuvent les voir. Louis le lymphocyte est équipé de pointes uniques, en forme d'Y, qui sont capables de reconnaître un seul type de déchet (Tak Mak en 1983 a découvert ces récepteurs des cellules-T). Louis est équipé d’environ 5000 récepteurs et chacun d’entre eux est exactement le même. Aucune autre cellule-T n'a de pointes similaires à celles de Louis, et les siennes sont spécialement conçues pour récupérer une petite partie de protéine d'un virus qui entraîne le rhume. Louis essaye ses récepteurs sur le macrophage, mais rien ne se passe et il continue donc sa ronde. Toute la procédure a duré moins d'une seconde.
Tout en continuant de flotter, Louis le lymphocyte se rappelle de ses études dans le thymus (à l’Académie de police) où il a appris à différencier les envahisseurs des bonnes cellules qui appartiennent au corps humain. Le T des cellules-T signifie "Thymus", car c'est la glande d’où sont issues ces cellules. C’est une glande de la taille du poing située juste au-dessus du cœur, et elle est plus grosse et beaucoup plus active chez les bébés que chez les adultes. Dans les premières années de la vie, le thymus "éduque" les cellules-T au rôle de détective que celles-ci devront remplir leur  vie durant. Les cellules-T commencent leurs vies comme auxiliaires de police au sein du thymus. Elles sont formées par des macrophages spéciaux qui montrent aux nouvelles cellules-T tous les détritus possibles et imaginables que peut produire un corps sain et normal. Ces détritus sont appelés « soi ». Les cellules-T dont les récepteurs reconnaîtraient le « soi » comme détritus sont détruites dans le thymus avant même de pouvoir le quitter. Si elles pouvaient en sortir, elles deviendraient de mauvais flics qui attaquent les bonnes cellules au lieu des intrus.
Louis finit par rencontrer un macrophage qui lui montre un morceau de virus du rhume. Il le compare avec ses récepteurs et s’aperçoit que le virus correspond. Le virus se trouve dans le corps depuis cinq minutes seulement, mais Louis se met tout de suite en action. Tout d’abord, il émet des signaux chimiques qui préviennent les officiers de police du corps – les lymphocytes-B – et leur demandent de fabriquer des anticorps. Les anticorps peuvent être comparés à des missiles à tête chercheuse qui s’attaquent à un virus en particulier et le tuent. Louis le lymphocyte appelle aussi à l'aide une équipe spécialisée de lymphocytes tueurs (ou lymphocytes cytotoxiques) et ensemble ils partent à la recherche de l’envahisseur. Ils commencent à se diviser rapidement, redoublant leur nombre toutes les six heures. Cela prend 4 jours avant que des millions de cellules-T, B et tueuses R soient mobilisées pour tuer tout le virus présent dans le corps. Les cellules du système immunitaires sont parmi les cellules de notre corps qui se divisent le plus vite.
Un jour où Louis est en patrouille dans le corps, sa routine normale, il rencontre un gros bras musclé en blouson de cuir noir, un virus du Sida. Il décide de vérifier l’intrus, mais avant qu’il puisse faire quelque chose l’affreux jojo pénètre à l’intérieur de Louis par un petit trou situé près de la poignée dont se sert Louis lorsqu'il visite les macrophages. En général, les virus ne s'attaquent pas aux cellules-T mais le Sida, lui, s'y attaque et c'est ce qui rend le Sida si dangereux. Maintenant que Louis est contaminé par le virus du Sida, de petits morceaux de protéines du sida vont apparaître sur sa surface, ce qui rend son apparence très désagréable aux autres cellules du système immunitaire. Louis voit une cellule-T tueuse arriver et il dit ses prières : il sait très bien que ces cellules tueuses sont entraînées à tuer tout ce qui à l'air étranger; en effet, la cellule T-tueuse voit les petits morceaux de protéines du Sida sur Louis et, sans hésiter, elle tue son patron... c'est la fin de Louis.
La tragédie du Sida est que les cellules-T sont les têtes penseuses du système de défense du corps humain, celles qui organisent l’action des autres flics… Une fois que le Sida a pénétré à l’intérieur du corps, ces mêmes cellules-T ont l’air d’être des espions aux yeux du reste du système immunitaire. Et c’est pourquoi le corps tue ses meilleurs policiers, ce qui lui rend la tache bien plus difficile quand il s’agit de se battre contre le sida et autres infections. La plupart des gens atteints du sida meurent en fait d’une autre maladie commune comme la pneumonie, qui ne tuerait jamais une personne dont le système immunitaire est en bonne santé.

Le jeune scientifique ...

Tak Mak était le fils d’un homme d'affaires qui avait réussi ; il est originaire du sud de la Chine. Après la prise de pouvoir par les communistes en 1949, le père de Mak évacua sa famille vers Hong Kong, pour échapper à la tourmente de la révolution politique. La famille avait beaucoup d argent et habitait dans un quartier bourgeois et majoritairement blanc, où les nationalités les plus représentées étaient les hollandais, les danois, les suédois, les norvégiens et les britanniques. Ils habitaient à côté des consulats du Danemark et de Suède. « C’était un quartier vraiment riche,” déclare Mak. Il était le seul gamin asiatique dans sa rue, mais comme tous les autres enfants il aimait jouer aux billes dans la poussière et taper dans un ballon de football.

Mak ne s’intéressait pas particulièrement à l’école, mais sa mère insista pour qu’il fasse de son mieux et travaille bien, ce qui fut facile à réaliser car il se trouvait dans un petit groupe d'une vingtaine d'élèves très brillants. La plupart d'entre eux allèrent dans différentes universités du monde entier, et Mak se retrouva à l’Université du Winsconsin, à Madison.
Au début des années 1970, après qu’il ait obtenu son doctorat (PhD) de l’Université de l’Alberta, Mak commença ses recherches à l'Institut de cancérologie de l'Ontario, à Toronto, où il est toujours maître de recherches aujourd’hui. Après sa découverte du récepteur des lymphocytes T, il est devenu professeur à l'université de Toronto, et en 1993 il est également devenu directeur de l’institut de recherche Amgen à Toronto, qui développe, brevette et commercialise des souris transgéniques — des animaux qui portent certains gènes du système immunitaire humain. Pendant les années passées chez Amgen, Mak a dirigé une équipe qui a produit vingt découvertes moléculaires brevetées pour l’utilisation dans le développement de médicaments. En 2004 Mak a quitté Amgen pour devenir directeur d’un nouvel institut de recherche sur le cancer du sein.

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