William Ricker

Zoologie, animaux, physiologie, métabolisme

Le plus grand biologiste de la pêche du Canada : Inventeur de la courbe de Ricker pour décrire la dynamique de population de poissons

"Essayez d’organiser votre travail de telle façon que vous fassiez quelque chose qui vous intéresse."

William Ricker se tient debout sur une mince saillie rocheuse, située juste en dessous des rapides de Hell’s Gate sur la rivière Fraser, en Colombie-Britannique ; il plonge son filet dans les remous à ses pieds, et remonte un gros saumon sockeye afin de le marquer. Celui-là est frais et fort, pas fatigué comme ceux qui ont des difficultés à remonter les rapides et qu'il retrouve régulièrement dans son filet. Ricker sort d’une poche deux petits disques de métal rouge et blanc ainsi qu’une tige de cinq centimètres de long. Il s’essuie les sourcils et fait signe à son partenaire, qui est aussi en train de marquer des saumons à quelques mètres de lui. Le soleil tape fort, un vent régulier et chaud balaye l’étroit canyon. Il n’y a aucune route menant à l’endroit où ils se trouvent, juste une piste raide.

Ricker a trente ans et c’est l’été de 1938, la première fois qu’il travaille sur cette grande rivière ; il est heureux. C’est aussi la première année  où la Commission du Saumon Canadien étudie le saumon sockeye de la Fraser. À l’époque, personne ne savait vraiment comment ou pourquoi les saumons revenaient pour s'accoupler et pondre leurs oeufs  dans le ruisseau même où ils étaient nés, après plusieurs années passées en mer. Pendant que son partenaire maintient le poisson très remuant, Ricker attache la marque brillante à l’aide d’une pince sur le corps de l’animal, juste en dessous de la nageoire dorsale. Puis il rejette le sockeye sauvage dans l’eau afin qu’il puisse reprendre sa lutte pour remonter la gorge à travers les rapides rugissants. L’équipe, composée de quatre hommes, attrape et marque jusqu’à vingt saumons par heure, et au total plusieurs milliers  — ce qui est suffisant pour que l'étude réussisse ; le but de celle-ci est de découvrir quelle est la proportion de poissons qui retournent dans la douzaine de frayères pour s’accoupler et pondre à différentes saisons. Les frayères sont les lits peu profonds des ruisseaux où les femelles saumon pondent leurs œufs, que les males iront ensuite fertiliser. D’autres scientifiques spécialistes de la pêche sont aussi à l’affût des saumons dans ces régions, et effectuent aussi des estimations sur les populations de chaque frayère.
En examinant les marques et en comptant les poissons, Ricker et son équipe sont capables, pour la première fois, d’avoir une idée précise des schémas de migration de la population des stockeyes de la Fraser.

Le jeune scientifique ...

Lorsqu’il avait 11 ans, William Ricker se mit à étudier les cartes du ciel de son père. Celui-ci était le professeur de science à North Bay Normal School à North Bay, qui se trouve sur le lac Nipissing en Ontario. Au bout du compte Ricker fut capable de nommer toutes les constellations et les étoiles les plus brillantes. Pendant toute sa scolarité, chaque fois que le printemps revenait, il se levait la plupart du temps à cinq heures du matin et prenait son vélo pour aller dans les bois ou le long du lac Nipissing, afin de regarder les oiseaux pendant les trois heures précédant le petit déjeuner. Lorsqu'il était à l'université, il avait l’habitude de travailler durant l’été au Laboratoire de recherche sur la pêche de l’Ontario, où il étudiait principalement les truites des Grands Lacs.

Après avoir travaillé sur la vie des saumons et l’amélioration de celle-ci dans le lac Cultus, en Colombie Britannique, il devint professeur de zoologie à l’université d’État de l’Indiana à Terre Haute. Il y enseigna de 1939 à 1950, sur le sujet des oiseaux et les poissons. Puis il retourna au Canada, pour travailler comme éditeur des publications du Conseil de la recherche sur la pêche du Canada, à Ottawa dans l’Ontario. En 1964 il déménagea à Nanaimo pour devenir scientifique en chef du Conseil de la recherche de la Pêche du Canada. Depuis sa retraite en 1973 jusqu’à sa mort en 2001, il continua à travailler bénévolement sur l’histoire de la pêche au saumon dans la rivière Fraser, ainsi que sur d’autres projets.
Durant sa vie, Ricker a identifié 90 nouvelles espèces de stones, une sorte de mouche dont se nourrissent les poissons. Il a rédigé un dictionnaire bilingue russe/anglais de terminologie de pêche. A la fin de sa vie, il travaillait sur un livre racontant l'histoire des premiers voyages dans le canyon de la Fraser. Il s’intéressait également beaucoup à Sherlock Holmes, le personnage de détective crée par Sir Arthur Conan Doyle et il a même écrit une courte histoire ayant Holmes pour héros, et qui fut publiée dans une anthologie canadienne consacrée à Holmes. Il était aussi passionné par les chemins de fer, et possédait une connaissance encyclopédique des routes Nord-Américaines. C’était aussi par ailleurs un musicien de talent, il jouait du violon alto dans l'orchestre symphonique de Nanaimo. Il s’intéressait aussi à toutes sortes de musiques folks et chantait souvent de vieilles chansons de cow-boy près du feu de camp lorsqu’il campait avec toute sa famille pendant les vacances. Curieusement Ricker n’était pas un très bon pêcheur, bien qu'il adore pêcher et qu'il ait passé des heures au bord de l'eau près de Nanaimo et aussi jusqu’à la côte de l’île de Vancouver — mais sans attraper grand chose.

La science