Lap-Chee Tsui

La génétique

A trouvé le gène qui cause la fibrose cystique

"“Connaître la science peut enrichir votre vie. La science est la base du véritable bon sens.""

Richard Rozmahel passe le temps en lisant le tableau d’affichage qui est accroché sur le mur, au-dessus de l’imprimante sifflante qui est attachée au séquenceur d'ADN. Quelqu’un a mis sur le tableau la  publicité d'une société qui vend des produits chimiques utilisés dans la recherche en génétique. Ils offrent un T-shirt gratuit où sont imprimés les mots : Ultra Pure Human Being. En bas de la publicité on peut lire “Si vous envoyez six étiquettes de n’importe quel emballage de GIBCO BRL Enzymes, vous recevrez un sac portant  le texte suivant : "Je gagne ma vie en manipulant l'ADN."
« Mais c’est bien le cas, en fait »  pense Rozmahel, tout en sortant de l’imprimante un résultat d’expérience légèrement différent de tous les autres. Il regarde distraitement le papier imprimé tout en retournant à son bureau, qui se trouve dans un coin du laboratoire de génétique. Le labo est très en désordre, et les humains et les équipements prennent toute la place disponible, et les étagères menacent de s'effondrer sous le poids des bouteilles, des jarres et des récipients. Rozmahel passe près d'un ami, qui est en train d’examiner quelque chose dans un microscope. Un gros réfrigérateur qui ronronne barre le passage ; une autre étudiante met des gants pour insérer des centaines de portions de liquide soigneusement mesuré dans de petites éprouvettes.
Tout à coup Rozmahel s’arrête, juste avant d'arriver à son bureau. Il y a quelque chose d'inhabituel sur cette impression : ah, voila, la délétion de trois bases  — un type de mutation génétique dans une séquence d'ADN. Les molécules d’ADN sont de longues chaînes d’instructions qui servent à la fabrication de protéines ; les protéines sont elles–mêmes de longues chaînes de molécules connectées entre elles, et que l’on appelle des acides aminés. Chaque instruction d'ADN se trouve dans une unité comportant trois pièces, et qu’on appelle une paire de trois bases ; chacune d’entre-elle représente un acide aminé particulier nécessaire à la construction d'une protéine.  Pour Rozmahel, cette délétion de trois bases est similaire à une perle qui aurait disparu d’un collier précieux. Une mutation similaire à celle-ci pourrait entraîner quelque chose d'aussi simple qu'un changement dans la couleur des yeux, ou d'aussi complexe qu'une maladie mortelle.
Au lieu de se rasseoir à son bureau, Rozmahel se précipite pour montrer ces résultats à son directeur, le Dr. Tsui (prononcer “Choy”). Il est presque six heures du soir, et la plupart des gens sont déjà partis, mais Lap-Chee Tsui est toujours au travail, dans son petit bureau. Quand Rozmahel arrive, Tsui est recourbé sur son bureau, en train d'examiner d'autres résultats d'expérience. Les étagères sont surchargées de livres, des piles de papier recouvrent toutes les surfaces horizontales, et Rozmahel contemple le tapis vert élimé tout en attendant.
“Qu'est-ce qu’il a, Richard?” demande Tsui en souriant.
“Je suis presque sûr d’avoir trouvé une délétion de trois bases, regardez ici.” Rozmahel montre les deux séquences d'ADN, celle provenant des gènes d'une personne en bonne santé et celle d’une personne atteinte de mucoviscidose — une maladie mortelle qui tue un canadien sur 2000, la plupart du temps des enfants. La mucoviscidose est la maladie génétique la plus courante dans les populations caucasiennes. Les enfants atteints de mucoviscidose naissent déjà malades, la moitié d'entre eux mourra avant d'avoir 25 ans et peu d’entre-eux dépasseront l’âge de 30 ans. Cette maladie affecte toutes les parties du corps qui sécrètent du mucus, comme les poumons, l’estomac, le nez et la bouche. Le mucus des enfants atteints de mucoviscidose est si épais que parfois ils n'arrivent pas à respirer.
Tsui regarde le papier imprimé et déclare, « C’est très bien Richard. Maintenant, prouvez-moi que c’est vrai. » Tsui ne semble pas du tout impressionné, mais il sait que c’est un signe majeur, un indice important leur indiquant qu’ils sont sur la piste de ce qu'ils cherchent : le gène de la mucoviscidose, la cause de cette terrible maladie. Mais ils ont déjà eu de faux espoirs, et il ne veut pas se laisser entraîner à faire la fête avant d’avoir bien vérifié. Il est possible que la différence entre les deux séquences de gènes soit juste une variation normale entre individus. Si on prend deux personnes en bonne santé et que l’on compare 1000 bases d’ADN, on aura une bonne chance de trouver la même chose que ce que vient de trouver Rozmahel ; il existe de nombreuses petites variations entre chaque individu.
Mais Tsui se rappelle de ce jour — le 9 mai 1989 — comme du jour où ils ont découvert le gène de la mucoviscidose. Lui et son équipe ont passé les cinq mois suivants à s’assurer que leur découverte était bien réelle, en faisant et refaisant les tests pour voir si les résultats seraient les mêmes. Ils ont identifiés un motif de « signature » de l’ADN, situé de chaque côté de la délétion de la paire de base, et en se servant de ce motif comme d'un marqueur ils ont comparé les gènes de 100 personnes en bonne santé avec une séquence d'ADN identique provenant de cent malades souffrant de mucoviscidose. Au mois de septembre 1989, ils étaient enfin sûrs de tenir le gène de la mucoviscidose.
Le jeune scientifique ...
Lap-Chee Tsui a grandi à Dai Goon Yuen, un petit village situé du côté de Kowloon à Hong Kong, près de l’aéroport de Kai Tak. Quand il était petit il faisait partie d'une bande de gamins, principalement des garçons, qui allaient explorer les étangs, attraper des têtards et des poissons pour faire de simples expériences.
Un de leurs projets préférés était d’aller au marché et d’acheter des vers à soie. Il les rapportaient à la maison et les nourrissaient de feuilles de mûrier cueillies dans le jardin du voisin. Tsui se rappelle d’un jour où lui et ses amis avaient cueilli presque toutes les feuilles de l’arbre et où le voisin, furieux, les avait chassé.
Étant enfant, Tsui rêvait d’être architecte et aujourd’hui il dessine toujours ses propres diagrammes et présentations ; il ne commença à s'intéresser à la génétique qu'après avoir obtenu son doctorat. Il s’intéressait plus à l’étude de la nature des maladies.
Après avoir obtenu son baccalauréat et sa maîtrise à l’université chinoise de Honk Kong,  Tsui continua ses études à l’université de Pittsburgh aux États-Unis. À cette époque, Hong Kong était toujours une colonie britannique, et même si Tsui était habitué aux manières des anglais, il dut s’adapter également aux méthodes américaines, ce qui ne fut pas toujours facile. Il explique, « C’est comme de commencer à jouer au basket-ball quand on a passé sa vie à jouer au soccer, il faut un petit moment avant d’apprendre à ne pas taper du pied dans la balle. »
Après avoir obtenu son doctorat, Tsui exerça son premier emploi dans le Tennessee, au Laboratoire National d’Oak Ridge. Après y avoir passé environ une année, il accepta un poste au département de génétique de l'hôpital des Enfants malades de Toronto, Ontario, où il travailla pendant 20 ans et où il fit de nombreuses découvertes. En 2002 Tsui retourna à Hong Kong, où il devint vice-président de l’Université de Hong Kong.
Étant enfant, Tsui rêvait d’être architecte et il dessine toujours ses propres diagrammes et présentations.
Grâce à Tsui, les scientifiques comprennent mieux le fonctionnement de la mucoviscidose.
Lu Lap-Chee Tsui's réponse aux questions...La science