
Irene Ayako Uchida
La génétique
Chercheuse célèbre dans le monde entier pour ses recherches sur le syndrome de Down. "Faites de votre mieux quoi que vous fassiez, même si c’est un travail sans importance." |
On a demandé à Irène Uchida de se joindre à la visite du matin à l’hôpital des enfants de Winnipeg, dans la province du Manitoba. Nous sommes en 1960 environ et elle parle des patients qui présentent les symptômes de la trisomie du chromosome 18 — c'est-à-dire, qui possèdent 3 chromosomes numéro 18 au lieu des deux normalement présents. Un médecin, Jack Sinclair, lève la main et dit : “Je crois que nous en avons un de ces patients au troisième étage.”
Le médecin accompagne Irène Uchida dans le service concerné où se trouve le patient. Après avoir obtenu un échantillon sanguin auquel ils ajoutent un agent anti-coagulant, Irène Uchida se met immédiatement au travail pour identifier les chromosomes. Le diagnostic de la trisomie par l’examen direct des chromosomes du patient est quelque chose de très nouveau, qui n'a jamais été fait par personne à Winnipeg — ou même au Canada.
Irène Uchida apporte l’échantillon sanguin au laboratoire de cytologie, l’endroit de l’hôpital où on examine les cellules. Dans la pièce, on sent l'odeur vinaigrée typique de l'acide acétique. Des tables basses situées près de la fenêtre sont équipées de nombreux microscopes devant lesquels sont assis des techniciens en blouses blanches. Le long du mur opposé, quelques personnes sont en train de d’arranger des échantillons et des préparations microscopiques.
Irène Uchida laisse d’abord les globules rouges se déposer dans la fiole, puis à l’aide d’une pipette elle recueille les globules blancs qui flottent à la surface. Une pipette est un long tube de verre dont on se sert pour aspirer de petites quantités de liquide. Ensuite, elle transfère les cellules dans un petit verre qui contient un produit qui leur permettra de grandir et de se multiplier trois jours durant à l’intérieur d’un incubateur. Puis elle retire le liquide, et le place dans la centrifuge. Une centrifuge est un appareil qui fait tourner les éprouvettes à grande vitesse, forçant ainsi les matériaux les plus lourds à se déposer au fond tandis que les cellules plus légères et les liquides restent au dessus. Mme Uchida « fixe » les cellules à l’aide d’une solution d’acide acétique et elle les dépose sur une plaquette de verre afin que les cellules se "cassent" et libèrent les chromosomes qu'elles contiennent, puis elle recouvre la préparation sur la plaquette d'un produit colorant, glisse la plaquette sous le microscope et cherche les chromosomes — de longs fils recourbés formés de protéine et d'ADN. Elle finit en effet par découvrir trois chromosomes numéro 18 au lieu des 2 normaux, ce qui confirme le diagnostic. Cette analyse cytogénétique est une première pour Winnipeg et le Canada.

Irène Uchida était l’un des membres du Club des Étudiants Japonais de l’Université de Colombie Britannique (UBC) ainsi que journaliste pour un magazine hebdomadaire nippo-canadien. Pendant la Deuxième Guerre Mondiale elle fut active au sein du groupe des citoyens canadiens-japonais pour la Démocratie. Comme le Canada était en guerre avec le Japon, et avait peur d’une invasion japonaise, c’était une période de grande angoisse pour les 23.000 personnes d’origine japonaise qui avaient été déportées de leurs domiciles sur la Côte Ouest, par ordre du gouvernement fédéral en 1942, et dont les possessions et propriétés avaient été saisies.

