Roger Daley

La Science atmosphérique

Constructeur principal du système canadien de prévisions météorologiques numériques maintenant utilisé dans le monde entier.

"Ne vous inquiétez pas si vous n’avez pas encore choisi votre future carrière. Cela vous viendra à n’importe quel moment, entre l’école primaire et l’université. Pour une carrière en sciences naturelles, il faut avoir une base solide en mathématiques."

Nous sommes en 1966, et Roger Daley est employé comme apprenti au Service de Météorologie Canadien sur la base de l'Armée de l'Air des États-Unis à Goose Bay, dans le Labrador. Daley se sent seul: il passe beaucoup de temps tout seul dans sa modeste chambre située dans un baraquement. Il fait froid, et il n’y a pas grand-chose à faire. L’odeur de kérosène est omniprésente, et les Delta Dagger Interceptors et KC-135 tankers qui réapprovisionnent en vol les bombardiers B-52 grondent au-dessus de la base toutes les heures du jour et de la nuit.

Daley décide de tenter une expérience. En travaillant la nuit seul dans sa chambre, il prépare des petits cartons bleus à faire remplir par tous les pilotes américains lorsqu’ils sont en mission dans la région. Ceux-ci doivent y noter les dates, les heures, les températures, les altitudes, la direction et la vitesse des vents ainsi que leurs propres impressions sur le vol et si celui-ci a été « secoué » ou non. Pour Daley, l’air est comme un océan de courants qui se déplacent et de bulles de différents gaz qui se bousculent les unes les autres. L'air est un fluide comme l’eau, mais beaucoup plus léger.

Une fois que les cartes commencent à lui revenir, il passe beaucoup de temps tard le soir, penché sur les cartons étalés sur son lit, à rapporter les informations des pilotes sur des cartes afin d’obtenir une image correcte de cet océan d’air qui nous entoure — l’atmosphère. Partiellement par curiosité mais aussi pour avoir quelque chose à faire, il établit des formules mathématiques à partir des informations obtenues, afin de décrire les interactions complexes du vent, des températures, des altitudes et d’autres facteurs qui créent les turbulences atmosphériques, les « bosses sur la route » qu’on ressent parfois en avion.

Les pilotes sont très intéressés et souhaitent coopérer, parce qu’ils « vivent » dans cet océan d’air et connaître les schémas des turbulences de haute altitude le long de la côte du Labrador leur permettra de voler avec plus de sécurité.

Daley réalise qu’il aime faire ces recherches et bien qu’il ne publie pas ses résultats, il décide de retourner à l’université pour obtenir un diplôme en météorologie, la science du temps qu’il fait. Mais le gouvernement du Canada ayant financé la formation de Daley’s comme prévisionniste météo, celui-ci avait dû en échange s’engager à travailler pendant deux ans là où le gouvernement déciderait de l’envoyer. C’est ainsi qu’il s’est retrouvé à Goose Bay, où il a dû rester deux ans comme prévisionniste.

 

Après cette période il étudia à l’Université McGill de Montréal, afin d’obtenir un doctorat (PhD) en météorologie. Puis il partir pour le Danemark, où il passa un certain temps à Copenhague pour y effectuer de plus amples recherches sur les mathématiques des modèles de vent. De 1972 à 1978 il travailla au Centre Météorologique Canadien de Montréal. Durant cette même période il dirigea un groupe de recherches qui développa des techniques mathématiques appelées « transformations spectrales », et les utilisa pour créer des programmes informatiques capables de prédire la météo environ trois jours à l’avance. Ce système, qui fut lancé en 1976, fut le premier ordinateur fonctionnel global de système de prévisions météorologiques.

Ces descriptions numériques de l'atmosphère (ou de ses variations) forment la base de presque tous les systèmes de prévisions et de simulations climatiques à long terme qui sont utilisés dans le monde aujourd’hui, y-compris ceux du centre météo de la marine américaine (United States Navy’s Fleet Numerical Meteorological and Oceanographic Center --FNMOC) à Monterey en Californie.

 

À partir de 1978 Daley occupa le poste de scientifique en chef au centre de recherche atmosphérique national des Etats-Unis à Boulder, dans le Colorado. Il y travailla sur de nombreux problèmes difficiles dans le domaine des modèles de météorologie globale, à l’aide des mathématiques et d’ordinateurs. En 1985 il revint au Canada et il devint scientifique en chef du Centre du Climat Canadien à Downsview, Ontario, où il travailla pendant dix ans. En 1991 il écrivit un livre sur l’analyse des données atmosphériques qui est considéré par de nombreux scientifiques comme LE livre classique sur les modèles atmosphériques. Le dernier projet de Daley au Canada concernait l’estimation des champs de vents atmosphériques, en se basant sur les mesures faites par des satellites de constituants chimiques mineurs de l’atmosphère ; autrement dit, il utilisait les informations en provenance des satellites pour chasser les vents dans l'atmosphère supérieure.

Pendant toute sa vie, Daley fut très demandé dans le monde entier ; il contribua par exemple à des projets de prévisions météo en France, en Suède et en Chine. Il faisait aussi partie d’un groupe de recherche intergouvernemental spécial sur les changements climatiques (IPCC). C’est ce même groupe de scientifiques qui, en 1991, émit un avertissement prudent concernant le réchauffement global dû aux émissions de dioxyde de carbone issues de la combustion de carburants fossiles. En 1995 Daley accepta un poste à Monterey en Californie, à la Division de la Météorologie de la Marine du Laboratoire de recherches navale US, afin d’aider au développement d’un système embarqué de prévisions météo pour les navires de la marine américaine. Le système, appelé « Navy Atmospheric Variational Data Assimilation System » (NAVDAS en abrégé) devint opérationnel à Monterey pour être testé vers 1998, mais Daley mourut d’une crise cardiaque en 2001 avant de voir son système implémenté dans l’ensemble de la flotte.

Le jeune scientifique ...

 

La famille de Daley émigra au Canada quand il était encore enfant et il grandit dans l'ouest de la province de Vancouver, avec les montagnes de la côte en arrière-plan où le jeune Daley faisait de l'escalade et du ski. A un moment, sa famille s'installa sur une petite île juste au large de West Vancouver, et il passa donc beaucoup de temps près de la mer et dans le bateau de la famille. Sa matière préférée à l'école était l'histoire, mais il était aussi bon en mathématiques. Étant enfant il n'avait jamais pensé faire de la recherche scientifique, mais voulait faire quelque chose d'utile dans la "vie réelle". En 12ème classe il n'avait aucune intention de faire des études de sciences.

 

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